Afrique, j’ai mal, mais je reste debout!

Il y a des journées comme celle d’hier, qui ont tendance à entamer tout l’optimisme, toute l’énergie, tout l’enthousiasme qui m’animent. Vous savez, le genre de journée où l’on a l’impression que tout est contre soi.

J’ai passé toute la matinée et l’après-midi, au boulot, à essayer de télécharger de simples fichiers sur un serveur distant, via FTP. Bien sûr, comme vous pouvez l’imaginer, avec la qualité médiocre du débit offert par le fournisseur national, et les interruptions intempestives et injustifiées de service qui n’en abaissent pas moins la saleur de la facture à la fin du mois, je n’ai pas pu terminer au terme de la journée, ce qui m’aurait pris une heure au maximum sous d’autres cieux. En quittant le bureau, avec un collègue économiste, on s’amusait à spéculer sur le fait que si on évaluait le coût porté par la mauvaise qualité d’Internet sur la compétitivité et l’efficacité des entreprises, il se peut qu’il soit plus élevé que ce que coûterait l’investissement pour rehausser à un niveau décent la qualité d’Internet et le distribuer à un prix raisonnable. Avis à tous mes amis économistes chercheurs…

Crédit: http://www.balawou.com
Crédit: http://www.balawou.com

En rentrant le soir, bercé par les nids de poule et autres dos d’ânes naturels sur la voie « bitumée de latérite » de Wemtenga, j’espérais pouvoir profiter d’un bon repos bien mérité. C’était sans compter sur la compagnie nationale d’électricité, qui a poussé le cynisme à couper le courant juste au moment où j’ouvrais mon portail. Une autre soirée, comme d’autres avant elle, où notre cher fournisseur a décidé de plonger plusieurs pans de la ville dans l’obscurité totale durant de longues heures (L’électricité n’est revenue que 3 heures plus tard), pour offrir un spectacle pittoresque de lampions et bougies alignés, comme pour symboliser des croyants en prière, implorant un hypothétique miracle qui viendrait mettre fin aux éternels délestages, et leur lot de pseudos pylônes tombés et barrages hydroélectriques asséchés en pleine saison des pluies.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la frontière, au Togo, la montagne a accouché d’une souris. Un nouveau gouvernement de « large ouverture et de grandes compétences » a vu le jour. Les mêmes visages qui promettent depuis Mathusalem monts et merveilles sont toujours là, fidèles à leur poste, s’accrochant bec et ongles à leur fauteuil ministériel et à leurs avantages injustifiés. Un nouveau gouvernement qui n’en est pas un, qui s’appliquera à siphonner consciencieusement les ressources de l’Etat. Un gouvernement qui se contentera d’annoncer en grandes pompe de pathétiques  dons d’ordinateurs, des doublement fictifs de débit internet, l’arrivée « imminente » d’un troisième opérateur mobile (virtuel ou réel, on ne sait plus) auquel on ne croit plus trop, au lieu de s’attaquer à de sérieuses questions qui handicapent le quotidien du togolais. Pendant ce temps, le rapport sur l’utilisation des 5 francs CFA par minute de communication, spoliés sans préavis au consommateur, pour « soutenir les éperviers déjà éliminés », qui était promis depuis des mois, tarde à venir et ne sortira probablement jamais. Un gouvernement qui s’occupera plus de réprimer les revendications légitimes des étudiants au lieu de se décider à trouver, ou au moins à faire semblant de trouver des solutions réelles à la crise chronique de l’éducation nationale qui n’a que trop duré. Un gouvernement comme  toujours  pléthorique et budgétivore , où des portefeuilles tels que le « Ministère de la réforme de l’Etat et de la modernisation de l’administration », ou le « Ministère chargé des affaires présidentielles » ont été taillés de toute pièce pour remercier de bons, fidèles, et loyaux compagnons ou de valeureux chevaliers qui seraient prêts à renier père et mère pour la noble cause de leurs avantages ministériels.

Il y a des jours  où tous ces discours positifs sur l’Afrique, annoncée par ci comme futur levier de la croissance économique mondiale, et par là comme futur géant mondial « à craindre » paraissent si lointains de la réalité et du quotidien. Où tous ces éminents économistes au col blanc déroulant leurs chiffres et statistiques de bon augure donnent l’impression d’être de simples charlatans essayant tant bien que mal de prédire l’avenir en feignant d’interpréter les formes que prend la fumée dans une boule de cristal. Il y a des journées comme ça où l’on est tenté de comprendre, de donner raison à toutes ces personnes qui s’obstinent chaque jour à  traverser la Méditerranée au péril de leur vie, à la quête d’un avenir meilleur. Ces jours-là, on a presqu’envie de prendre la défense de tous ces athlètes partis compétir aux jeux olympiques ou de la francophonie et qui ne sont plus revenus.

Ces jours-là, comme les esclaves noirs dans les champs de canne à sucre, j’écoute, je chante des chansons, pour me donner espoir, et me convaincre que demain est un autre jour, que l’avenir peut, doit être meilleur :

Ça me touche mais je reste debout
Je suis touché je reste debout
J’essaie de joindre les deux bouts
Ça fait mal mais je reste debout
Ça m’touche mais j’reste debout

Publicités

10 commentaires sur “Afrique, j’ai mal, mais je reste debout!

  1. Ha ha ha! Kelly, une journée africaine vraiment ! Oh, pour l’électricité t’en fais pas, t’as pas de lampion? Je pourrai venir t’installer un système qui te permettra d’allumer ton ordi avec un lampion. Amitiés

    J'aime

  2. Très bel article, J’apprécie beaucoup ton style Kelly, et ta façon de dépeindre cette triste réalité… en passant, j’y crois pas trop au bobard de l’Afrique est le futur « beau continent ». Je pense que c’est juste une astuce pour endormir les consciences (du même acabit que le « beau rabâchage biblique » avant la colonisation) empêcher les « braves gens » de prendre conscience, de travailler dur, et leur faire croire que par miracle un jour, les choses iront bien sans qu’ils n’aient à trop se donner. Il faut se rappeler que même si un jour l’Afrique portait 10.000 plus d’opportunités d’affaires, de ressources(autres qu’intellectuelles), de marchés non-saturés que tous les autres continents, ce n’est en rien une garantie de développement: la traite negriere et la colonisation nous l’ont si bien prouvé. C’est les connaissances, l’instruction et surtout le dur labeur, aujourd’hui, qui comptent. Pire il faut bien savoir qu’au moment où nous nous endormons et rêvons de « bonheur futur », les autres ont les yeux grand ouverts et planifient subtilement leur domination et la quête de leurs intérêts. Avec les Chinois qui ont intégré et conquis nos marchés, cela n’est que le début de la nouvelle domination. Le jeu stratégique de la quête d’intérêts est lancé. Il faut que nous comprenions cela et que nous le jouions aussi…
    Je te passe le Salam

    « Heureux les pauvres car ils hériteront la terre » nous avait-on dit…

    J'aime

    1. Merci JP. Effectivement, l’assertion « l’Afrique est le prochain géant » est mainstream en ce moment, mais en même temps ça fait sourire. L’Afrique a toujours été un géant. Mais un géant qui dort. J’espère qu’il se réveillera un jour…

      J'aime

  3. We have to rethink our mind, work with what we have around us. Il faut qu’on cesse de vouloir immiter l’occident, il va falloir qu’on fasse avec les moyens de bords. Travailler avec ce qu’on a autour de nous et n’utiliser l’occident que pour améliorer notre ingéniosité. Même à l’école on nous bourre le crâne avec des théories et autres. Si ça a marché en europe, en amerique et autres c’est parce qu’ils ont réfléchi et apporter des solutions aux problèmes rencontrés dans leur environnement. Ils ne copient de l’extérieur que ce dont ils ont besoin. Ils avaient besoin de bras valide pour la nouvelle terre (amérique), ils ont venus cherchés les costauds d’Afrique.

    Alors Africains de quoi avions nous besoin? Là est la première question. Qu’avions nous jusqu’à date (matière première, climats, talents, échecs et autres)? Quels solutions pour ce qu’on n’a pas chez nous: Innover un truc propre adapter à l’Afrique ou greffer un truc d’ailleurs? Il faut donc rechercher une solution aux véritables problèmes de l’Afrique [manque d’authenticité] et non des solutions aux problèmes créés par nos plagiats.

    @Jp, comme quoi ils sont prêts à tordre le coup aux écrits pour arriver à leur but final. Si non voici ce que l’original disait et qu’ils ont manqué et qu’ils manquent toujours d’appliquer:

    Heureux les débonnaires (bienveillant, bon, généreux), car ils hériteront la terre!

    Mais comme on peut s’y attendre, ceux sont eux qui définissent les mots et sont prêts à en donner un autre sens quand ça les arrangent. Pauvres humains… A quand la fin ??? Pour ma part le secret pour l’Afrique se trouve dans la terre; l’agriculture et une fois ventre rassassié on pensera au gratte-ciel et autres … Peace

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s