E-gouvernement au Togo?

Quand un concept devient mainstream, l’on a tendance à vouloir y fourrer tout et son contraire et à l’utiliser à toutes les sauces. Tant en est de l’e-gouvernement. Si l’apparition de ce mot est récent, l’e-gouvernement (ou administration électronique, ou encore eGouv) est une réalité dans beaucoup de pays depuis bien longtemps déjà.

Selon l’actualité de cette semaine, le Togo aurait décidé de se lancer dans le chantier de l’e-gouvernement à travers un projet qui « fait du Togo un hub numérique dans la sous-région et contribue à son émergence« . Rien que ça.  Dans la pratique, le projet en question semble être en réalité à la mise en réseau de plusieurs bâtiments de l’administration.  Il est donc de bon ton de revisiter ce qu’il y a derrière le concept d’e-gouvernement.

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Définitions

Selon Wikipédia:

L’Administration en ligne désigne l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) par les administrations publiques visant à rendre les services publics plus accessibles à leurs usagers et à améliorer leur fonctionnement interne. (…)

Elle se caractérise par l’emploi de technologies de l’information et de la communication visant à améliorer les processus, la communication entre usagers et administrations ou entre administrations et l’efficacité de l’administration, que ce soit sur le plan des délais, de la qualité, ou de la productivité des agents publics.

La définition selon les Nations Unies (en anglais originellement) pourrait être traduite ainsi:

L’e-gouvernement est l’utilisation des TIC et de leur application par le gouvernement pour la fourniture de l’information et de services publics à la population

On peut donc classifier les services couverts par l’e-gouvernement en trois grands groupes: les services internes (au sein de l’administration et des services publics et entre eux), les services aux citoyens, et les services aux entreprises. Le but est d’améliorer l’efficacité, la qualité et l’efficience dans les services de l’administration publique, de réduire les délais, et d’apporter plus de transparence et de traçabilité. par exemple d’éviter les situations où des dossiers sont « oubliés malencontreusement » dans les tiroirs, les longues files d’attente aux guichets des municipalités pour des légalisations, etc.

Quelques exemples de services

Dans un pays comme le Togo, les services internes pourraient déjà être un système de messagerie électronique au sein de l’administration (donc plus d’officiels avec une adresse ‘yahoo.fr’ ou « caramail.com’ sur leur carte de visite), un système de gestion électronique de documents, un (ou plusieurs) ERP, un système de gestion de processus, etc. Les services aux citoyens pourraient être le paiement d’impôts en ligne, le suivi des démarches administratives en ligne, un système de demande de visa en ligne, tandis que les services aux entreprises peuvent prendre la forme d’un système de passation de marché électronique (e-procurement) par exemple.

Quels moyens et processus?

Pour parler d’e-gouvernement dans le contexte actuel, il faut que certaines conditions soient réunies en termes d’infrastructures (réseaux locaux, Internet à un débit convenable, matériel informatique, etc.), d’applications (logiciels, applications mobiles, etc.), de ressources humaines (administration et développement des plateformes, renforcement de capacités, etc.), et de cadres légaux et juridiques (responsabilités et devoirs dans l’usage des informations, protection des informations privées, durée de vie des informations, etc.), en prenant en compte tous les partenaires concernés (administrations et services publics, citoyens, et entreprises).

Un câblage réseau ou un site web en WordPress ne suffisent donc pas pour s’affabuler pompeusement de l’étiquette « e-gouvernement ». Au-delà des effets d’annonce propagandistes, les efforts devraient être consacrés à mettre en place de réels fondements si l’on veut aller vers une administration dématérialisée: infrastructures électroniques robustes et fiables à la disposition de tous les acteurs (administration, entreprises, citoyens), développement ou implémentation d’applications, renforcement du capital humain (aussi bien au sein de l’administration qu’au niveau des autres acteurs), et mise en place d’un cadre légal et juridique adéquat.

Où en sommes nous aujourd’hui?

Le rapport 2014  du Département de l’Economie et des Affaires sociales  des Nations Unies  » E-Government for the Future We Vant » fait un classement et une revue mondiaux de l’e-gouvernement dans le monde sous l’angle du développement économique et social.  Selon ce classement, le Togo se trouve au 162ème rang sur 193 pays sur l’index de développement de l’e-gouvernement. Cet index prend en compte les services en ligne, l’infrastructure télécom, et le capital humain.

KA.

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4 commentaires sur “E-gouvernement au Togo?

  1. Je crois qu’à l’heure actuel, le volet service aux citoyens, ne sera pas inclut au projet. En tout cas, aucune information officielle ne fait état de ce qui sera réellement fait pour le e-gouvernement du Togo. Il faut bien penser que ce sera le « minimum vital » pour qu’on puisse qualifier le e-gouvernement. C’est essentiellement les institutions de la république (présidence, parlement, ministères) qui risquent d’être les premiers concernés. Tout ce qui est service de second ordre, allant à l’établissement des actes de naissance ou des casiers, nationalités… faut oublier pour le moment non? Le grand chantier est déjà l’interconnexion des bâtiments publics (donc on peut plus décentraliser en attendant) et la mise en place d’un centre IT où convergent les données. Puis viendront les applications à utiliser. Le chantier est énorme, les dépenses aussi.

    Aimé par 1 personne

    1. Tout à fait d’accord avec toi, le chantier est énorme Cependant, dans l’état actuel, il s’agit simplement d’un projet de connexion réseau des bâtiments entre eux et non d’un projet d’e-gouvernement. Ce que je dis en fait, c’est qu’il faut être honnête avec nous-même et appeler les choses par leur nom. On ne va pas appeler un R+1 « gratte-ciel ». Mais bon je comprends, on est en période électorale et il faut des annonces qui font « effet ». The game is the game.

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  2. Merci mon cher frère Kelly. Nous en entendons parler tout le temps et ne savons pas ce que c’est. Là tout est clair pour nous. Ils sont quand même « faure ». Arriver à nous berner comme ça . Et beh :p

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